

UN POÈME : « LE TEMPS N’APPORTE AUCUN RÉCONFORT » / Edna St Vincent Millay
Il y a une quinzaine d’années, c’est par un pur hasard que j’ai lu pour la première fois les poèmes de jeunesse d’Edna St Vincent Millay (1892-1950) : dans un catalogue de livres en anglais libres de droits d’auteur et donc proposés presque à vil prix, ce nom long et lumineux comme une guirlande baroque avait attisé ma curiosité. Sur la couverture, la photographie floue d’une jeune femme au regard sombre et concentré, capturée parmi les rameaux en fleurs d’un printemps de Nou


SHELF LIFE
William H. Gass William H. Gass (1924–2017) fut l’une des figures majeures de cette littérature américaine du vingtième siècle, moderniste, référentielle, ludique et exigeante, que l’on a l’habitude de rassembler sous l’étiquette à la fois simpliste et lugubre de postmodernisme , aux côtés d’auteurs comme Donald Barthelme, John Barth ou William Gaddis (Thomas Pynchon, le seul encore vivant à ce jour, étant d’une génération différente). L’œuvre importante de Gass, faite de rom


MACHINA EX DEO
Aurélien Lemant Le monde est une machine – et ce n’est pas une métaphore. Du moins pas si l’on se rapporte à certaines Weltanschauung , en particulier un traité de cosmogonie tel que le Sefer Yetsirah , soit le Livre de la Création des Hébreux. Rédigé tardivement, entre le IIIe et le VIe siècle, cet exposé sur la genèse du monde suggère que celui-ci est un programme alphanumérique, le cosmos ayant tout entier et jusqu’à la moindre substance été façonné à partir de combinais


LE SISMOGRAPHE BRISÉ
Pierre Pigot Quand Leonard Woolf publia en 1953, sous une couverture dessinée par sa belle-sœur Vanessa Bell, des extraits du copieux journal intime de sa défunte femme, il lui importait avant tout de réaliser ce qui lui semblait un acte de piété, envers un être qui avait énormément compté pour lui, mais dont surtout il s’agissait d’affirmer la place dans les lettres anglaises, cette lande capricieuse où surgissaient sans cesse (et avec un caprice d’autant plus augmenté par l


UN POÈME : « LIRE M’ENNUIE » / Joséphin Soulary
C’est le camarade Frédérick Houdaer qui a attiré notre attention sur ce poème de Joséphin Soulary (1815-1891), poète né et mort à Lyon, d’abord enfant placé écrivant des poèmes entre deux petits métiers permettant à peine de subsister, mais qui parvint à mener deux carrières parallèles et communéments respectées, celle de gloire poétique locale, et celle de grand fonctionnaire lugdunumien. Pour en savoir plus, il faudrait souffler la poussière numérique des bases de la BnF –


TU VOUDRAIS BIEN ME FAIRE L’AMOUR ?
FRANÇOIS BOURGEON – TOUTE BEAUTÉ EST EN DANGER Aurélien Lemant Il faut se figurer la vie au large à bord d’un vaisseau durant des semaines, voire des mois, sans la plus petite escale, sans un consistant bout d’îlot à se caler sous la longue-vue, squales et albatros pour seuls visiteurs, avec la camaraderie forcée et la promiscuité de chaque instant, à déféquer dans des seaux devant huit cents acolytes et dormir en alternance parmi des voiles tendues en hamacs ou à même le pla














































