UN POÈME : « LIRE M’ENNUIE » / Joséphin Soulary
- lefeusacreeditions
- il y a 20 heures
- 1 min de lecture

C’est le camarade Frédérick Houdaer qui a attiré notre attention sur ce poème de Joséphin Soulary (1815-1891), poète né et mort à Lyon, d’abord enfant placé écrivant des poèmes entre deux petits métiers permettant à peine de subsister, mais qui parvint à mener deux carrières parallèles et communéments respectées, celle de gloire poétique locale, et celle de grand fonctionnaire lugdunumien. Pour en savoir plus, il faudrait souffler la poussière numérique des bases de la BnF – ou celle, bien réelle, qui repose dans les bibliothèques municipales sur ses recueils et sur les pieuses thèses universitaires qui lui ont été consacrées. Si l’on s’en tient à ce petit poème, que trouve-ton ? En surface, un parfum de mélancolie baudelairienne – que vient aussitôt contredire la sécheresse stoïque de la métrique. Et plus profondément ? Rien d’autre qu’une atmosphère mentale sans illusions, bien de notre temps celle-là, où reviennent les mêmes spectres des milliers d’auteurs sans lecteurs, du bavardage qui, selon Roberto Calasso, plaçait au premier rang de notre civilisation moderne l’inconsistence – et en pirouette finale, cette bêtise qui nous encercle chaque jour davantage, et dont on regrette qu’elle ne soit pas demeurée, au minimum, flaubertienne (Elias Canetti, en 1967, déjà : « La bêtise est devenue moins intéressante : elle se propage à une vitesse extraordinaire, et c'est la même chez tout le monde. »). Ce bref poème de Soulary est comme une pointe sèche, ironique, tendre et lucide, surgie d’un carton d’estampes dix-neuviémistes : un léger appel d’air dans notre monde trop lourd. – P.P.

Illustration : détail d’une photographie de nature morte par Natacha Nikouline, exposée à la galerie Valérie Delaunay, Paris, en 2022








Commentaires