« SEPTEMBRE »
Un poème de Grace Paley

Ses parents, des Juifs ukrainiens, avaient immigré aux Etats-Unis sous le règne du tsar Nicolas II. Son père avait appris l’anglais en lisant Dickens. Enfant, elle était un garçon manqué. Son premier recueil de nouvelles, en 1959, passa inaperçu – sauf du jeune Philip Roth. Donald Barthelme était son ami et son voisin. Un éditeur affirma que « ses personnages sentent l’oignon, se hurlent dessus, se désespèrent dans des cuisines obscures ». Elle passait plus de temps à observer les jardins d’enfants où elle emmenait les siens, qu’à écrire. « Je n'y pouvais rien si je n’avais pas fait la guerre et si je n’avais fait aucun truc d’hommes. J’ai vécu une vie de femme et c’est ce sur quoi j’ai écrit. » C’était une activiste, féministe et pacifiste convaincue. Elle fut arrêtée après avoir participé au déploiement devant la Maison-Blanche d’une banderole contre les armes nucléaires américaines et soviétiques. Le FBI garda un dossier sur elle pendant plus de trente ans. Elle appris à conduire à l’âge de 55 ans. Une poignée de ses livres ont été traduits en français – tous épuisés. Elle est morte en 2007 d’un cancer du sein. Je me souviens de l’émotion d’un de mes amis ce jour là. Le nom de cette femme, je l’associe toujours à cette émotion. Un poème est un rien précieux dont il faudra aujourd’hui vous contenter. – P.P.
Septembre
Puis les fleurs devinrent très sauvages
parce qu’on était début septembre
et elles n’avaient plus rien à perdre
elles lançaient leurs couleurs dans tous
les sens par-dessus le mur du jardin
éclaboussant la pelouse enfonçant leurs
visages sauvages oranges rouges ébouriffés par la pluie
dans ma fenêtre sans vergogne

Illustration : Barbara Regina Dietzsch, Une tulipe, un papillon de l’espèce Arctia caja (écaille martre), et un coléoptère (peut-être un capricorne), vers 1750-60, aquarelle sur parchemin, The Metropolitan Museum of Art, New York (détail)




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