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S’EN FOUT DE L’UNIVERS CONNU

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

JOURNAL FRAGMENTAIRE & DÉRISOIRE | #12


Fabien Thévenot



26|02|26 ● C'était en 2015, deux ans avant MeToo, Valérie Donzelli filmait une histoire d'inceste comme un grand conte romantique. A l'origine un scénario que Jean Gruault avait écrit pour François Truffaut au début des années70 [s'inspirant librement de la vie de Julien & Marguerite de Ravalet, adelphes-amants du 14eme siècle qui finirent décapités], il devient sous le regard de Donzelli & Elkaïm une sulfureuse et flamboyante histoire d'amour empêchée. À l'heure de MeeToo Inceste et du rapport alarmant de la Ciivise, il faut se pincer pour s'assurer qu'on est plus en plein cauchemar tant le film place le spectateur dans une position intenable & absolument dégueulasse : du côté des amants contre l'ordre, la famille & les curés. Ou vous condamnez les personnages et vous voici relégué au rang de procureur ou de flic ; ou vous êtes du côté de la «liberté» [et de l'«amour» : le film se termine sur une ode à l'éternité du sentiment amoureux par le truchement du cycle des saisons] et vous voilà partisan de l'inceste.

Au fond, 'Marguerite & Julien' parle de l'inceste comme les pédocriminels de gauche défendaient le sexe avec les enfants dans les années 60/70: comme d'une transgression venant défier la morale de son époque.

J'ose espérer que c'est maladresse plutôt qu'une conviction, mais le film n'en reste pas moins odieux.

 

20|03|26 ● « La douceur est d'abord une intelligence, de celle qui porte la vie, et la sauve, et l'accroît. Parce qu'elle fait preuve d'un rapport au monde qui sublime l'étonnement, la violence possible, la captation, la peur en pur acquiescement, elle peut modifier toute chose et tout être. Elle est une appréhension de la relation à l'autre dont la tendresse est la quintessence. »

En regardant ‘Kika’, le premier long-métrage de fiction d'Alexe Poukine, j'ai beaucoup pensé au livre de Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, dont il ne m'a pas semblé être l'interprétation en images mais la continuité d'un geste, d'une réflexion par les outils du cinéma. Douceur vis-à-vis de soi-même, en premier lieu. Kika est d'abord un personne qui pense aux autres. Non comme une femme qu'on aurait élevée pour être une machine à care, vouée à combler l'insuffisance des hommes en la matière, mais parce que c'est sa nature propre. C'est cette puissance que la mise en scène prend en charge dès le départ, au détour d'un plan rôdeur & caressant pour signifier la naissance d'un désir, ou d'un échange de regards manifeste & d'une ellipse pour traduire l'imminence d'une rupture. Avant qu'un événement arbitraire ne vienne la lui dérober. Non seulement Alexe Poukine cherche, dans la première partie de son film, à traduire la nature particulière de Kika, mais elle a aussi, et peut-être surtout, l'intelligence de donner à voir au spectateur le chemin intérieur qu'elle va devoir parcourir pour la retrouver. Non seulement pour les autres, mais aussi pour elle-même. Une puissance de la douceur au carré.

 

20|03|26 ● Il y a un type de masculinité que je ne supporte plus, autant dans mon quotidien qu'au cinéma, ce sont les taiseux. Les hommes incapables de nommer les émotions qui les traversent & de parler à leurs proches quand il leur arrive quelque chose de lourd. C'est pourquoi le visionnage de 'Nino' de Pauline Loquès m'a été relativement pénible. Bien sûr, on m'objectera que le personnage est hyper-sensible, que c'est un homme doux & efféminé, qu'il se laisse mettre du vernis aux ongles, qu'il est très loin du stéréotype du mâle bourru ; qu'il est pris de court par la maladie & incapable d'exprimer ce qu'il n'a pas encore intégré lui-même. Malgré tout, un trait insupportable de cette «masculinité à l'ancienne» persiste chez lui : Nino passe chez sa mère, chez son ex, chez son meilleur ami, chez une ancienne copine de classe & c'est un festival de silences, de non-dits, de mensonges. Aussi moderne & sensible soit-il, Nino reste ce genre de bonhomme qui charge les femmes de son entourage d’accomplir le travail émotionnel qui lui revient afin qu'il puisse accoucher tout en douceur de son petit secret. Messieurs, madame (Loquès), il y a encore du travail en terme de représentations masculines.

  

Illustration : Gian Lorenzo Bernini, Apollon et Daphné, 1622, marbre blanc (détail en contre-plongée) (Galleria Borghese, Rome)


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