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LOUIS-FERDINAND SUZIE

  • il y a 5 heures
  • 2 min de lecture

LES FILMS LISENT DES LIVRES : « MORT À CREDIT » DANS SEXCRIMES


Arthur-Louis Cingualte



A chaque fois que l’on regarde le film c’est la même chose.

 

Coups de théâtre en cascade, saphisme et threesome brûlants, morts soudaines et violentes, apparition inattendue de Bill Murray, etc…, échaudé par les nombreuses surprises que réserve Sexcrimes, on oublie toujours de relever la plus déconcertante : la présence de Louis-Ferdinand Céline.

 

La question s’impose : que vient faire l’auteur de Mort à Crédit (puisque c’est de ce livre dont il s’agit) en pleine Floride mar-a-lagienne et décolletée - entre car wash et combat en bikini - des années 90 ? Quel levier narratif peut-il sérieusement inspirer à ce néo noir universitaire et érotique ? On répondra, certes, un peu de cynisme et d’amoralité, quelque chose de sulfureux aussi, bien entendu – mais tout ça aurait pu se trouver ailleurs, chez un auteur plus proche du film et moins exotique. Non, aucun clin d’œil ici, le rôle donné au livre va plus loin encore : il annonce le programme à suivre.

 

En effet, on ne découvre pas « Death on Installment Plan » dans les mains de Kelly Van Ryan (Denise Richards) l’égérie sexuelle du lycée, ni dans celles de Sam Lombardo, le professeur de sport cupide et libidineux, mais dans les mains de Suzie (Neve Campbell), le vilain petit canard de la bande (sorte d’Avril Lavigne sans skateboard), installée dans sa caravane entourée de marécages infestés par les crocodiles. Tout est dit. Et si ça ne suffit pas, à l’inspectrice qui s’interroge sur sa lecture, Suzie précise : « Céline. Il est sympa. Il avait une assez bonne idée de la mesquinerie des gens. » 

 

Au spectateur attentif à cette scène le dénouement ne révèlera rien de bien insolite. Il sait déjà que Suzie tire les ficelles du récit et dirige le jeu de massacre. « MORT-A-CREDIT » - mal née, Suzie ne veut pas vivre à crédit. Ne lui reste qu’une alternative pour échapper à sa condition : prélever le crédit des mesquins qui n’en manquent pas. Et la Floride balnéaire, à ce titre-là, est, à sa façon, profondément célinienne - une véritable « synthèse ».

 

 

Illustrations : photogramme extrait du film

Sexcrimes de John McNaughton, 1998 (capture d’écran A.-L. C.)


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