LE SIGNORINE – FELICE CASORATI, 1912
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Arthur-Louis Cingualte

A Venise, la sidération que procure la découverte de la ville passée, l’esthète sylvestre – celui qui préfère les prouesses de la nature à leur imitation – ne manquera pas de faire la remarque à ses compagnons de voyage : dans la Sérénissime, il n’y a pas plus d’asphalte qu’il y a de verdure (et les moineaux qui vont avec). L’affirmation, bien évidemment, aussi naturelle soit-elle, est à nuancer : on trouve un petit parc par ci par-là, des arbres vénérables ponctuent judicieusement le territoire, les cyprès s’élèvent hauts sur l’île cimetière de San Michele (comme l’île aux morts de Böcklin) et qui sait quels jardins privés cachent les palazzi les plus somptueux du Dorsoduro ? La forêt, à Venise, comme chacun sait, est immergée ; et de telle sorte que l’on peut considérer sa canopée comme la ville elle-même.
C’est comme ça, dans les feuillages, en plein sous-bois suspendu, que l’on découvre quatre des plus célèbres nymphes de la ville. Sur l’un des murs du palais Ca’Pesaro, « Les Jeunes Filles » de Felice Casorati. Dolores, Violante, Bianca et Gioconda attendent. Et c’est, à la faveur de ce sommet de méticulosité allégorique caractéristique de la première manière du peintre (alors très inspiré par le symbolisme et la Sécession Viennoise) qui défragmente la figure féminine en quatre types psychiques – la mélancolie, le deuil, l’innocence et la vie satisfaite – et, à sa façon, complète la Tempête de Giorgione (visible de l’autre côté du Grand Canal) que la situation de la ville se rappelle à nous. Même à la verticale, tout est reflets et mirages. Les œuvres qu’on rêve ne se conservent qu’à Venise.
Illustration : Felice Casorati, Le signorine, 1912, technique mixte sur toile, Galleria Internazionale d’Arte Moderna di Ca’Pesaro, Fondazione Musei Civici di Venezia, Venise (détail & ensemble)





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