top of page
LA REVUE DU FEU


HEUREUX QUI COMME ULYSSE
LECTURES EN 49 LIGNES, #4 Pierre Pigot « UN CONTE DE DEUX VILLES » DE CHARLES DICKENS « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps ; c’était l’âge de la sagesse, c’était l’âge de la folie ; c’était l’époque de la foi, c’était l’époque de l’incrédulité ; c’était la saison de la Lumière, c’était la saison de l’Obscurité ; c’était le printemps de l’espoir, c’était l’heure du désespoir ; nous avions tout devant nous, nous n’avions rien devant nous » : les lignes q


« TOUT CE BORDEL DEVRAIT ÊTRE EN LIVRE DE POCHE »
Une lettre inédite de Thomas Pynchon Alors qu’à l’automne prochain, les éditions Bourgois publieront la traduction française de Shadow Ticket, le dernier roman paru de Thomas Pynchon, dans une traduction de Nicolas Richard qui ne pourra être qu’optimale, nous profitons de cet événement imminent pour reproduire ci-dessous la traduction d’une lettre de Pynchon lui-même, apparue il y a plusieurs années lors d’une vente aux enchères d’un ensemble de documents le concernant. L’aut


LECTURES EN 49 LIGNES, #3
Pierre Pigot « ADA OU L’ARDEUR » DE VLADIMIR NABOKOV Coïncidant en 1969 avec le soixante-dizième anniversaire de son auteur, la publication d’Ada ou l’Ardeur, venant après celles de Lolita et de Feu Pâle, est le couronnement de l’œuvre en anglais de Nabokov, le lieu imaginaire fantastique où ses deux nations, et surtout ses deux langues, ont fini littéralement par ne plus offrir qu’un unique paysage mental où tout est possible. Après avoir été introduits à l’histoire revisi


LES LUMIÈRES MORTES DE L’ENFANCE
SUR UNE RENCONTRE STEPHEN KING / PIERRE JEAN JOUVE Élodie Denis Me replonger dans ÇA de Stephen King m’a conduite à interroger cette fortune – heureuse ou funeste – qui gouverne la trajectoire du Club des Losers. Tandis que j’écrivais à partir de cette relecture, plusieurs découvertes faites au hasard, notamment dans une bibliothèque de Seattle, sont venues éclairer et prolonger mes réflexions sur cette épopée traversée par des questions de destin romanesque et de roman natio


LECTURES EN 49 LIGNES, #2
Pierre Pigot « LA NUIT DE WALPURGIS » DE GUSTAV MEYRINK Nous voici à nouveau à Prague, la ville fantastique par excellence, celle dont le nom signifie « le seuil », celui sur lequel l’homme se tient à chaque étape de son existence, cette fois ébranlé par les déchirements de la réalité qu’induit dans la psyché européenne le choc de la Première Guerre Mondiale. En haut, à l’ombre de la cathédrale et du palais royal, il y a le Hradshin, microcosme de l’aristocratie décatie, do


LECTURES EN 49 LIGNES, #1
Pierre Pigot « LE CROCODILE » DE FIODOR DOSTOÏEVSKI Paru en 1865 dans L’Époque, l’un de ces journaux que les frères Fiodor et Mikhaïl Dostoïevski faisaient naître au rythme de la censure tsariste, Le Crocodile débute en empruntant son modèle bouffon et fantastique aux meilleurs récits de Gogol : un docte fonctionnaire d’état pénètre, avec sa femme et le narrateur, dans une des boutiques du Passage, une galerie commerçante près de la Perspective Nevski, pour y admirer le pre


COMMENT SE DÉBARRASSER DES FANS
avec une lettre inédite d’Evelyn Waugh Le vingtième siècle a vu l’explosion, dans le petit monde de la littérature de plus en plus globalisée, d’un phénomène aussi significatif que profondément embarrassant : le fan – et en particulier, celui qui vous écrit, à vous pauvre écrivain ne réclamant que reconnaissance et rémunération, rien d’autre, et qui encombre votre boîte aux lettres (réelle ou désormais virtuelle) avec ses élucubrations, ses récriminations, ses demandes imposs


UNE FLEUR SOMBRE EN AMÉRIQUE
Pierre Pigot Elle fit son apparition dans les lettres américaines avec ce qui semblait pourtant le plus étranger à sa manière d’être, de penser, et surtout de sentir : un coup d’éclat. Elle avait envoyé un long poème, intitulé Renascence à un concours organisé par The Lyric Year ; l’année, justement, était 1912 – les Etats-Unis ne s’étaient pas encore décidés à devenir un empire dont le regard s’étende au-delà des glaces nordiques et des Caraïbes révolutionnaires, et leur


SHELF LIFE
William H. Gass William H. Gass (1924–2017) fut l’une des figures majeures de cette littérature américaine du vingtième siècle, moderniste, référentielle, ludique et exigeante, que l’on a l’habitude de rassembler sous l’étiquette à la fois simpliste et lugubre de postmodernisme , aux côtés d’auteurs comme Donald Barthelme, John Barth ou William Gaddis (Thomas Pynchon, le seul encore vivant à ce jour, étant d’une génération différente). L’œuvre importante de Gass, faite de rom


LE SISMOGRAPHE BRISÉ
Pierre Pigot Quand Leonard Woolf publia en 1953, sous une couverture dessinée par sa belle-sœur Vanessa Bell, des extraits du copieux journal intime de sa défunte femme, il lui importait avant tout de réaliser ce qui lui semblait un acte de piété, envers un être qui avait énormément compté pour lui, mais dont surtout il s’agissait d’affirmer la place dans les lettres anglaises, cette lande capricieuse où surgissaient sans cesse (et avec un caprice d’autant plus augmenté par l


LES TERREURS OBSCURES DE LA PROSE
Pierre Pigot Ayant digéré la majeure partie de la littérature fantastique de langue anglaise (un petit sourire de supériorité pour les Français, un autre de connivence avec les Antiques), comme le prouverait son petit traité Epouvante et surnaturel en littérature (où il distribuait bons et mauvais points à ses prédécesseurs fameux, non sans une dose de pédanterie bien à lui), Lovecraft possédait à la perfection la maîtrise de sa panoplie narrative, comme les cambrioleurs ont


ENLUMINURES DU GRAND NORD
Pierre Pigot Le Portugal avait la malle de Pessoa, rembourrée et paradoxale comme un accordéon comprimé à l’extrême et qui ne cesserait jamais de s’étendre, encore et encore, un hétéronyme différent sur chaque soufflet, des poèmes, des nouvelles policières, des textes à l’intimité cryptique, qui surgissaient comme d’une source à la fois inquiète et limpide. L’Angleterre eut quant à elle, du côté d’Oxford et de ses flèches gothiques, la poussière méthodiquement soufflée sur le


L’AUBE SPLENDIDE DU DÉSASTRE
Pierre Pigot La superstition des dates, associée à l’apparition des femmes de sa vie, était pour André Breton le repère essentiel qui, depuis l’idéal de la sphère armillaire étincelante, glorieusement exhaustive pour ce qui est du mouvement des astres commandant aux destinées, lui permettait de descendre dans l’atelier surréaliste, le seul lieu de pensée que, depuis les tranchées où jeune étudiant en médecine il s’était retrouvé dans une cave à trancher des membres sanglants


SONNET LXXIII + 4 VARIATIONS
Le Feu Sacré est fier de compter, parmi ses collections, Menace Mineure , consacré à la poésie contemporaine, avec déjà trois volumes à ce jour. Mais dans l’arbre toujours plus vivant qu’on ne le croit de la poésie, il n’y a pas de feuillage vivace sans considérer les branchages parfois robustes, parfois noueux, qui l’ont nourri de leur passé sonore. En cette fin d’année, deux images sont entrées en collision : d’un côté, le sonnet numéroté 73 de Shakespeare, l’un des plus cé


UNE SOIRÉE AVEC BORGES
P endant plus de quarante ans, pratiquement chaque soir où un voyage ne le retenait pas loin de Buenos Aires, Jorge Luis Borges se rendait chez ses amis Adolfo Bioy Casarès et Silvina Ocampo, dans le quartier de la Recoleta. On y mangeait paraît-il très mal, mais Borges faisait toujours semblant de ne pas le remarquer. L’intérêt absolu de la soirée était dans la discussion sans fin, autour des écrivains et des poètes, d’autrefois et d’aujourd’hui, des livres lus et relus, des


ALICE, LES MONDES ET LES MOTS
Pierre Pigot L’Inde ancienne l’a toujours su : tout commence avec les Eaux – et si l’on passe la frontière chinoise, le Tao n’enseigne pas autre chose. Les Eaux sont la dernière manifestation du monde, la plus irréductible face aux investigations de toute métaphysique ; et par conséquent, aussi la condition de toute première manifestation, le matériau transparent, infiniment labile, sur lequel toute chose pourra enfin, sinon être perçue, du moins apparaître. Alice, à jamais â


ATALA ET SON MAGICIEN
Pierre Pigot Avant les notices décourageantes des manuels et des académies, avant son célèbre portrait par Girodet, reproduit par tous les dictionnaires, où une brise romantique imaginaire anime ses boucles brunes pour mieux faire oublier sa petite taille, avant l’Enchanteur sénile, couvé par les attentions de Madame Récamier et cerné par la bile envieuse de Sainte-Beuve, et qui au seuil de la mort eut l’occasion d’entendre les coups de canons d’une énième révolution, avant l


UN CARRÉ DE PAIX SUR SCÈNE
Pierre Pigot Alors qu’il arpentait les rues d’Athènes durant l’hiver 425 avant Jésus-Christ, ruminant dans sa tête les vers capables de...


GILBERT SORRENTINO
Pourquoi Sorrentino ? Peut-être parce qu'en ce début d'année 2024, ce blog du Feu Sacré s'est placé tout à fait fortuitement sous les...


METACORTEX - LE GHOSTWRITER
Aurélien Lemant Opération Citadelle | Koursk — 1943 A l’occasion de la sortie de ‘Messe rouge’, le Feu Follet qu’Aurélien Lemant a dédié...
bottom of page
